Jean Leymarie, grand médiateur de l'art et des artistes, vient de quitter ce monde. Ce site est ouvert afin que ceux qui l'ont connu de près ou de loin puissent lui dire adieu.
Chacun rappellera, dans ses souvenirs de Jean Leymarie, en même temps que sa gentillesse, sa capacité infinie à faire partager son amour de lart et de la peinture. Je nai pas eu le privilège de le connaître longtemps. Mais, depuis les quelques six années où je lai rencontré, trop brèves, il était devenu une voix familière, une voix grave et douce à la fois. Capable de restituer de mémoire, sans hésitation, des pages entières de Malraux, créant une densité de silence et découte dont on avait peine à sextraire. Il récitait par cur ou plutôt avec cur. Cétait aussi une voix chaleureuse et charmeuse.
Un dimanche à table, devant des plats de sa région, il avait évoqué pour mon compagnon et moi sa jeunesse de paysan du Lot, son amour de la terre des causses. Jassocie dans ma mémoire ce récit à un autre quil faisait volontiers de lamour de Picasso pour le pain, pour la cuisson du pain, identique à celle dune poterie. Cela procédait semble-t-il dun même goût chez les deux hommes qui surent sapprécier.
Je me rappelle aussi avec attendrissement une silhouette de lutin, sur un quai de gare dans lattente du train pour Bourges. Ainsi était-il arrivé, un peu courbé, un bonnet de laine perché sur le sommet de la tête, sa magnifique crinière blanche séchappant de tous côtés. Ce jour là, javais éprouvé une tendresse profonde pour cet homme charmeur au regard triste, qui ne masquait pas sa fatigue.
Ce sont de brefs instantanés qui me reviennent ces jours-ci, parmi dautres. Le paysan du Lot, lami Jean, me manque. Jirai lui rendre visite sur ses terres cet été.